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Démembrement de propriété : nue-propriété et usufruit expliqués de A à Z

Comprendre les mécanismes juridiques, fiscaux et les usages du démembrement de propriété en France

Avertissement important : Le démembrement de propriété est un mécanisme juridique et fiscal complexe. Cet article fournit des informations pédagogiques et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement ou en gestion de patrimoine. Toute opération de démembrement (donation, acquisition en nue-propriété, SCPI démembrée) nécessite l'accompagnement d'un notaire et idéalement d'un expert-comptable ou d'un conseiller en gestion de patrimoine. Consultez un professionnel avant toute décision.

Introduction : pourquoi démembrer un bien immobilier ?

Le démembrement de propriété est un mécanisme juridique ancien — inscrit dans le Code civil depuis 1804 — qui consiste à scinder les droits attachés à un bien en deux attributs distincts : l'usufruit et la nue-propriété. Ce « découpage » crée des opportunités en matière de transmission de patrimoine, de fiscalité et d'accès à l'immobilier à coût réduit. Mais il comporte aussi des contraintes précises et une illiquidité certaine qu'il convient de bien comprendre avant toute décision.

Cet article vous présente les fondements juridiques, le barème fiscal officiel, les usages courants et les risques à connaître. Il ne constitue en aucun cas un conseil en investissement.

Les deux droits fondamentaux : usufruit et nue-propriété

Le démembrement de propriété repose sur les articles 578 à 624 du Code civil. La pleine propriété d'un bien comprend trois attributs classiques :

Le démembrement sépare l'abusus des deux autres attributs :

À retenir : Usufruit + Nue-propriété = Pleine propriété. Les deux droits sont indissociables dans leur globalité mais peuvent appartenir à des personnes différentes pendant une durée déterminée ou jusqu'au décès de l'usufruitier.

Durée du démembrement : viager ou temporaire

Le démembrement peut être :

Le barème fiscal de l'usufruit : comment est calculée la valeur de chaque droit ?

Pour évaluer les droits de chaque partie — notamment lors d'une donation ou d'un achat en nue-propriété — l'administration fiscale française applique un barème légal fixé à l'article 669 du Code général des impôts (CGI). Ce barème est fondé sur l'âge de l'usufruitier au moment de l'opération (pour un usufruit viager) :

Âge de l'usufruitier Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
De 21 à 30 ans révolus80 %20 %
De 31 à 40 ans révolus70 %30 %
De 41 à 50 ans révolus60 %40 %
De 51 à 60 ans révolus50 %50 %
De 61 à 70 ans révolus40 %60 %
De 71 à 80 ans révolus30 %70 %
De 81 à 90 ans révolus20 %80 %
Plus de 90 ans révolus10 %90 %

Source : Article 669 du CGI — applicable pour les donations et les mutations à titre gratuit.

Pour un usufruit temporaire (à durée fixe), la valeur fiscale est fixée à 23 % de la valeur en pleine propriété par tranche de 10 ans (article 669 II du CGI), sans pouvoir excéder la valeur de l'usufruit viager calculée selon l'âge.

À savoir : Ce barème fiscal sert exclusivement à calculer les droits de mutation (droits de donation, de succession ou droits d'enregistrement). La valeur économique réelle de la nue-propriété sur le marché peut différer significativement de ce barème, notamment pour les achats en nue-propriété institutionnelle où la décote est négociée librement entre les parties.

La décote à l'achat : acheter en nue-propriété moins cher que le marché

L'une des applications les plus connues du démembrement est l'achat en nue-propriété institutionnelle. Un bailleur social ou un opérateur spécialisé acquiert l'usufruit temporaire (généralement entre 15 et 20 ans) et loue le bien à des ménages. L'investisseur privé, lui, achète la nue-propriété avec une décote sur le prix de marché.

Comment se forme la décote ?

La décote reflète l'abandon des loyers pendant toute la durée du démembrement. Elle est calculée en actualisant les loyers futurs sur la période. Plus la durée de l'usufruit est longue, plus la décote est importante. La décote réelle dépend du marché immobilier local, de l'opérateur et des paramètres économiques du moment.

Exemple chiffré — Achat en nue-propriété sur 15 ans

Paramètre Valeur
Valeur en pleine propriété du bien300 000 €
Décote nue-propriété (15 ans, hypothèse ~35 %)- 105 000 €
Prix d'achat en nue-propriété195 000 €
Loyers perçus pendant 15 ans0 € (reviennent à l'usufruitier)
Valeur récupérée à l'issue des 15 ans (hypothèse revalorisation +10 %)330 000 € en pleine propriété
Gain potentiel brut135 000 € (avant fiscalité sur la plus-value)

Cet exemple est purement illustratif. Les décotes réelles varient selon le marché local, l'opérateur et la durée. La revalorisation future du bien n'est pas garantie et son évolution dépend entièrement des conditions du marché immobilier.

À savoir : La valeur du bien à la sortie dépend entièrement de l'évolution du marché immobilier, qui peut être orientée à la hausse comme à la baisse. L'absence de loyers pendant toute la durée du démembrement signifie que le nu-propriétaire ne dispose d'aucun rendement courant pour financer un éventuel crédit. Il convient de bien mesurer l'impact sur sa trésorerie et de prévoir une immobilisation complète du capital sur toute la période.

La reconstitution de la pleine propriété : comment ça fonctionne ?

Au terme prévu (fin de la durée fixe ou décès de l'usufruitier), l'usufruit s'éteint automatiquement et de plein droit. Le nu-propriétaire devient alors plein propriétaire, sans avoir à payer de droits supplémentaires.

Cette reconstitution automatique est l'un des atouts du mécanisme :

À retenir : Lors d'une donation en nue-propriété, les droits de donation sont calculés uniquement sur la valeur de la nue-propriété au jour de la donation (selon le barème CGI art. 669). Au décès du donateur, le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans droits supplémentaires, même si le bien a doublé de valeur entre-temps.

Le démembrement en transmission familiale : la stratégie des donations

L'une des applications les plus courantes du démembrement consiste pour des parents à transmettre un bien immobilier à leurs enfants tout en continuant à y vivre ou à en percevoir les loyers. Ils donnent alors la nue-propriété aux enfants et conservent l'usufruit viager.

Les avantages principaux

Exemple chiffré — Donation en nue-propriété

Un couple de parents âgés de 62 ans possède un appartement estimé à 400 000 €. Ils souhaitent en donner la nue-propriété à leur enfant unique.

Ce calcul est simplifié et indicatif. Le barème des droits de donation en ligne directe comporte plusieurs tranches. Un notaire réalisera le calcul précis selon votre situation familiale et patrimoniale.

À savoir : Une donation en nue-propriété est un acte irrévocable. Une fois la nue-propriété transmise, les parents ne peuvent pas « reprendre » le bien, sauf clause de retour conventionnel en cas de prédécès de l'enfant (à prévoir expressément dans l'acte notarié). Il est indispensable de consulter un notaire avant toute donation.

SCPI en nue-propriété : investir dans la pierre papier avec une décote

Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier — structures collectives qui investissent dans l'immobilier locatif et redistribuent les loyers à leurs associés) proposent également des parts en nue-propriété temporaire.

Comment fonctionne une SCPI démembrée ?

Un acquéreur achète des parts de SCPI en nue-propriété, c'est-à-dire qu'il paie une fraction du prix des parts (la décote correspondant aux revenus auxquels il renonce) et ne perçoit aucune distribution pendant la durée du démembrement (souvent 5, 7, 10 ou 15 ans). À l'issue, il devient plein propriétaire des parts et peut soit les revendre, soit percevoir les dividendes versés par la SCPI.

Durée de démembrement Décote indicative sur le prix de la part Prix payé pour une part à 1 000 € en pleine propriété
5 ans~15 à 18 %~820 à 850 €
10 ans~25 à 30 %~700 à 750 €
15 ans~35 à 40 %~600 à 650 €

Les décotes varient selon les SCPI et les opérateurs. Ces chiffres sont indicatifs et à vérifier selon votre situation.

Intérêt fiscal de la SCPI en nue-propriété

Pendant la période de démembrement, le nu-propriétaire ne perçoit aucun revenu foncier, donc :

À savoir : Les SCPI, y compris en nue-propriété, comportent des risques significatifs : risque de vacance locative, risque de baisse de la valeur des parts (notamment en périodes de crise immobilière), risque de réduction ou de suspension des distributions. La nue-propriété de parts de SCPI est une position très illiquide pendant la durée du démembrement : il est extrêmement difficile, voire impossible, de céder des parts démembrées sur le marché secondaire. Une immobilisation complète du capital pendant toute la durée est à prévoir. Ces placements sont réservés aux investisseurs ayant un horizon d'investissement très long et pouvant se passer du capital investi.

Fiscalité du démembrement : points de vigilance essentiels

Impôt sur le revenu et revenus fonciers

Les loyers perçus par le bien démembré sont imposés dans les mains de l'usufruitier uniquement, au titre des revenus fonciers (régime micro-foncier si les revenus bruts annuels sont inférieurs à 15 000 €, ou régime réel au-delà ou sur option). Le nu-propriétaire n'a rien à déclarer au titre des revenus.

Charges et travaux : qui paie quoi ?

L'article 605 du Code civil pose le principe selon lequel l'usufruitier supporte les charges d'entretien ordinaires, tandis que le nu-propriétaire supporte les grosses réparations (telles que définies à l'article 606 du Code civil : reconstruction des murs porteurs, des toitures, des planchers…). En pratique, les parties peuvent convenir contractuellement d'une répartition différente dans l'acte de démembrement.

Fiscalement, le nu-propriétaire ne peut pas déduire les travaux qu'il finance des revenus fonciers, sauf s'il est par ailleurs bailleur de biens loués en régime réel et sous certaines conditions (article 156 I-3° du CGI). Une tolérance administrative existe sur ce point (BOI-RFPI-BASE-20-60), mais la situation dépend de chaque cas particulier.

Plus-value immobilière à la cession

Si le nu-propriétaire décide de vendre sa nue-propriété avant la fin du démembrement, la plus-value immobilière (différence entre le prix de cession et le prix d'acquisition de la nue-propriété) est imposée selon le régime de droit commun des plus-values immobilières des particuliers :

À savoir : Lors de la vente d'un bien après reconstitution de la pleine propriété (suite à extinction de l'usufruit), la base de calcul de la plus-value est le prix payé pour la nue-propriété (par exemple 195 000 €), et non la valeur en pleine propriété au moment de la reconstitution (par exemple 330 000 €). Cela signifie que la plus-value latente accumulée pendant la période de démembrement est intégralement taxable lors de la revente. Par exemple, si vous aviez acheté la nue-propriété 195 000 € et que vous la vendez 350 000 € (une fois la pleine propriété reconstituée), la plus-value imposable sera 155 000 €. Ce point est à anticiper avec soin et à simuler avant d'acquérir en nue-propriété.

IFI et démembrement

Par dérogation au principe général du droit civil (qui répartirait la valeur entre usufruitier et nu-propriétaire), l'article 968 du CGI prévoit que c'est l'usufruitier qui est redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété du bien. Le nu-propriétaire n'est donc pas imposable à l'IFI sur le bien démembré. Il existe des exceptions notables (notamment lorsque le démembrement résulte de certains montages particuliers).

Tableau comparatif : pleine propriété vs nue-propriété

Critère Pleine propriété Nue-propriété
Prix d'acquisition100 % de la valeur60 à 70 % selon durée/âge (à verifier)
Revenus locatifsPerçus par le propriétaireAucun pendant le démembrement
Occupation du bienLibreImpossible pendant le démembrement
IFIBien inclus à 100 %Bien non inclus (imposé chez l'usufruitier)
Charges de grosses réparationsÀ la charge du propriétaireÀ la charge du nu-propriétaire (art. 606 C. civ.)
ReventeLibre à tout momentPossible mais marché secondaire très limité
ReconstitutionN/AAutomatique à l'extinction de l'usufruit

Questions fréquentes

Peut-on vendre un bien démembré ?

Oui, mais la vente en pleine propriété nécessite l'accord simultané de l'usufruitier et du nu-propriétaire. L'un ne peut pas vendre la totalité du bien sans l'accord de l'autre. En revanche, chaque partie peut céder son droit séparément : le nu-propriétaire peut vendre sa nue-propriété, l'usufruitier peut céder son usufruit (sauf clauses contractuelles contraires).

Que se passe-t-il si l'usufruitier décède avant le terme prévu ?

En cas d'usufruit viager, le décès de l'usufruitier éteint l'usufruit et la pleine propriété est reconstituée immédiatement dans les mains du nu-propriétaire. En cas d'usufruit temporaire, l'usufruit peut être transmis aux héritiers de l'usufruitier jusqu'au terme prévu, sauf stipulation contraire de l'acte constitutif.

Le démembrement fonctionne-t-il aussi pour les biens détenus en SCI ?

Oui. Une SCI (Société Civile Immobilière — société dont l'objet est la gestion d'un patrimoine immobilier) peut détenir un bien démembré. Les parts de SCI elles-mêmes peuvent également être démembrées, ce qui ouvre des stratégies de transmission plus sophistiquées, notamment pour structurer une gouvernance familiale tout en réduisant l'assiette taxable des donations. Ces montages nécessitent l'accompagnement d'un notaire et d'un expert-comptable.

Pour qui le démembrement est-il pertinent ?

Le démembrement de propriété peut concerner des profils très différents :

Le démembrement est en revanche peu adapté aux personnes ayant besoin de liquidités à court terme, souhaitant conserver une flexibilité de placement, ou dont la situation patrimoniale ou familiale est complexe (familles recomposées, risques de conflits entre usufruitier et nu-propriétaire, etc.).

À retenir — Les points clés du démembrement :
  • Il sépare l'usufruit (usage + revenus) de la nue-propriété (propriété sans usage ni revenus).
  • Le barème fiscal de l'article 669 du CGI détermine la valeur de chaque droit selon l'âge de l'usufruitier (pour les usufruit viagerts).
  • La pleine propriété se reconstitue automatiquement et sans droits supplémentaires à l'extinction de l'usufruit.
  • En transmission, les droits de donation sont assis sur la seule nue-propriété, avec application des abattements légaux (100 000 € par enfant et par parent tous les 15 ans).
  • Le nu-propriétaire n'est pas assujetti à l'IFI sur le bien démembré.
  • La plus-value à la revente après reconstitution est calculée sur le prix d'acquisition de la nue-propriété : anticiper cet impact fiscal est essentiel.

Prochaines étapes concrètes

  1. Évaluer votre situation personnelle : âge, horizon d'investissement, niveau d'imposition, patrimoine existant, objectifs (revenus immédiats vs capitalisation vs transmission). Le démembrement n'est pertinent que si votre situation s'y prête.
  2. Consulter un notaire pour toute donation en nue-propriété ou achat en nue-propriété : l'acte doit être notarié, et le professionnel vérifiera la cohérence avec votre régime matrimonial et vos autres dispositions successorales.
  3. Interroger un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine agréé pour les stratégies impliquant des parts de SCPI démembrées, une SCI ou des enjeux d'IFI.
  4. Demander le détail contractuel de tout programme en nue-propriété : durée exacte, identité et solidité financière de l'usufruitier, conditions de sortie, frais de gestion, nature des grosses réparations à votre charge, risques spécifiques.
  5. Simuler la fiscalité à la sortie : calculer la plus-value potentielle lors de la cession après reconstitution, en tenant compte des abattements pour durée de détention et de votre taux d'imposition. Un expert-comptable vous aidera à modéliser ces scénarios selon votre situation particulière.

📚 Sources officielles

  1. Article 669 du CGI — Barème de l'usufruit et de la nue-propriété
  2. Articles 578 à 624 du Code civil — Régime de l'usufruit
  3. Démembrement de propriété et droits de succession
  4. BOFiP — Déficit foncier et travaux du nu-propriétaire
  5. IFI et démembrement — article 968 du CGI
  6. Droits de donation en ligne directe — abattements et barème
  7. Plus-values immobilières des particuliers — régime général
  8. ANIL — Le démembrement de propriété dans l'immobilier

Article rédigé avec assistance IA et vérifié sur sources officielles. Dernière mise à jour : 30 juillet 2026.

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