Introduction : une question que tout le monde se pose
Vous venez d'ouvrir une assurance vie, ou vous pensez à le faire. Et voilà que votre conseiller vous parle de fonds euros et d'unités de compte. Deux options, deux logiques très différentes.
En résumé : le fonds euros, c'est la sécurité. Les unités de compte, c'est la possibilité de gagner plus… mais aussi de perdre. Voici tout ce que vous devez savoir avant de choisir — ou de vous poser les bonnes questions.
Le fonds euros : votre argent est protégé
Le fonds euros est le compartiment « sécurisé » d'une assurance vie. Son principe est simple : votre capital (c'est-à-dire la somme que vous avez versée) est garanti. Vous ne pouvez pas récupérer moins que ce que vous avez mis, hors frais de gestion.
Concrètement, comment ça marche ? L'assureur place votre argent principalement en obligations (c'est-à-dire des prêts faits à des États ou à de grandes entreprises, qui remboursent avec des intérêts). Chaque année, il vous verse un taux de rendement, appelé aussi « taux de revalorisation ». Ce gain est définitivement acquis : on dit qu'il bénéficie de l'effet de cliquet — autrement dit, une fois crédité sur votre contrat, il ne peut pas disparaître.
Selon les données publiées par France Assureurs (fédération des professionnels de l'assurance), le rendement moyen des fonds euros s'est situé autour de 2,5 % à 3 % en 2024, après plusieurs années de taux historiquement bas. Ce chiffre varie selon les contrats et les assureurs.
Les unités de compte : plus de potentiel, mais un risque réel
Les unités de compte (abrégées UC) sont des supports d'investissement variés : actions en bourse, OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières, c'est-à-dire des fonds qui regroupent les placements de milliers d'épargnants), ETF (fonds indiciels qui répliquent la performance d'un indice boursier, comme le CAC 40), ou encore des parts de SCPI (sociétés civiles de placement immobilier, qui investissent dans l'immobilier locatif).
Avec les UC, l'assureur ne garantit pas votre capital. La valeur de vos unités de compte monte et descend en fonction des marchés financiers ou immobiliers. Si les marchés baissent, la valeur de votre épargne peut baisser aussi.
En contrepartie de ce risque, les UC offrent un potentiel de rendement plus élevé sur le long terme. À titre indicatif, d'après les données historiques des grands indices boursiers mondiaux, un ETF répliquant l'ensemble des grandes entreprises mondiales a progressé en moyenne de l'ordre de 7 % à 8 % par an sur de longues périodes — mais avec de fortes variations d'une année à l'autre. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
La grande différence en un tableau
| Critère | Fonds euros | Unités de compte (UC) |
|---|---|---|
| Capital garanti ? | ✅ Oui, par l'assureur | ❌ Non, peut baisser |
| Rendement indicatif (2024) | ≈ 2,5 % à 3 % par an | Variable : peut être négatif ou dépasser 10 % |
| Qui place l'argent ? | L'assureur (obligations d'État...) | Des fonds spécialisés (actions, immobilier...) |
| Risque de perte | Quasi nul (hors faillite assureur) | Réel, dépend des marchés |
| Horizon recommandé | Court à long terme | Long terme (8 ans minimum conseillé) |
| Frais | Frais de gestion ≈ 0,5 % à 1 % par an | Frais de gestion ≈ 0,6 % à 3 % par an selon le support |
Un exemple concret pour bien comprendre
Imaginons deux personnes, Marie et Thomas, qui placent chacun 10 000 € dans une assurance vie au 1er janvier.
Marie choisit le fonds euros à 2,8 % de rendement annuel. Au 31 décembre, elle a 10 280 €. Si les marchés s'effondrent cette année-là, cela ne change rien pour elle : son capital est garanti et son gain est acquis.
Thomas choisit une UC investie en actions. Si les marchés progressent de 9 % cette année, il se retrouve avec 10 900 €. Mais si les marchés chutent de 15 % (comme cela s'est produit en 2022), il ne dispose plus que de 8 500 €. S'il attend que les marchés remontent les années suivantes, il peut regagner ces pertes — mais rien n'est garanti.
Ces deux scénarios illustrent le principe fondamental : plus de potentiel de gain = plus de risque de perte.
Peut-on mélanger les deux ? Oui, c'est la répartition
La plupart des contrats d'assurance vie permettent de placer une partie de son épargne en fonds euros et une partie en unités de compte. On appelle ça une répartition (ou allocation).
Par exemple, un épargnant peut décider de mettre 70 % en fonds euros pour sécuriser l'essentiel de son capital, et 30 % en UC pour chercher à dynamiser son rendement. Il peut aussi modifier cette répartition au fil du temps, ce qu'on appelle un arbitrage.
Certains contrats proposent même une gestion dite « pilotée » ou « à horizon » : un professionnel ajuste automatiquement la répartition selon votre âge ou votre projet — en prenant plus de risques quand l'échéance est lointaine, et en sécurisant progressivement à l'approche de celle-ci.
La fiscalité : un avantage commun aux deux
Que vous soyez en fonds euros ou en UC, vous bénéficiez de la même fiscalité avantageuse de l'assurance vie. Tant que vous ne retirez pas votre argent, vous ne payez pas d'impôts sur les gains. Et si votre contrat a plus de 8 ans, un abattement fiscal s'applique lors des retraits : 4 600 € de gains exonérés par an pour une personne seule, 9 200 € pour un couple marié ou pacsé soumis à imposition commune, selon les règles en vigueur publiées sur impots.gouv.fr. Cet abattement s'applique quelle que soit la date de vos versements, mais le taux d'imposition applicable au-delà peut varier selon la date des versements (avant ou après le 27 septembre 2017) — consultez impots.gouv.fr pour votre situation précise.
Au-delà de ces abattements, les gains sont soumis au PFU (Prélèvement Forfaitaire Unique, aussi appelé « flat tax »), fixé à 30 % (12,8 % d'impôt + 17,2 % de prélèvements sociaux), ou sur option au barème progressif de l'impôt sur le revenu selon ce qui est le plus favorable à votre situation.
Questions fréquentes
Mon argent est-il bloqué ? Non. Contrairement à une idée reçue, vous pouvez effectuer des retraits à tout moment sur une assurance vie, que ce soit en fonds euros ou en UC. Seule la fiscalité change selon l'ancienneté du contrat.
Y a-t-il un plafond pour verser ? Non, il n'y a pas de plafond légal de versement sur une assurance vie classique, contrairement au Livret A (plafond à 22 950 € depuis le 1er octobre 2023) ou au PEA (Plan d'Épargne en Actions, plafonné à 150 000 € de versements).
Que se passe-t-il si l'assureur fait faillite ? Il existe un fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) qui couvre jusqu'à 70 000 € par personne et par assureur. Au-delà de ce seuil, une partie de votre épargne pourrait être exposée. Il est donc utile de diversifier entre plusieurs contrats si vous avez des montants importants.
Comment avancer ? 4 étapes concrètes et neutres
- Faites le point sur votre horizon de temps. Avez-vous besoin de cet argent dans 2 ans, 10 ans, ou 20 ans ? Plus l'horizon est long, plus vous pouvez théoriquement accepter de la volatilité (c'est-à-dire des variations de valeur).
- Évaluez votre tolérance au risque. Si voir votre épargne baisser de 20 % vous empêche de dormir, cela mérite d'être pris en compte. Il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse : chaque profil est différent.
- Lisez le Document d'Information Clé (DIC) de chaque UC qui vous est proposée. Ce document réglementaire, obligatoire selon les règles de l'AMF (Autorité des marchés financiers, le régulateur français des marchés boursiers), résume les risques, les frais et les performances passées de chaque support.
- Consultez un professionnel agréé (conseiller en gestion de patrimoine, conseiller bancaire habilité) avant toute décision. Lui seul peut analyser votre situation personnelle : revenus, charges, projet de vie, fiscalité. Ce guide vous donne les clés pour comprendre, non pour décider à votre place.