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L'investissement immobilier locatif décrypté
Stratégies patrimoniales

Démembrement de propriété : optimiser la transmission de son patrimoine immobilier

Comment transmettre votre patrimoine immobilier en réduisant les droits de donation grâce au démembrement

Introduction

Transmettre un bien immobilier à ses enfants sans les écraser de droits de donation : c'est l'objectif central du démembrement de propriété. Ce mécanisme juridique, ancré aux articles 578 et suivants du Code civil et codifié fiscalement aux articles 669 à 674 du Code général des impôts (CGI), consiste à scinder la pleine propriété d'un bien en deux droits distincts : l'usufruit et la nue-propriété.

En 2026, dans un contexte de pression fiscale sur la transmission et de réforme des abattements successoraux régulièrement évoquée, cette stratégie reste l'une des rares à offrir un effet de levier légal, prévisible et éprouvé. Voici comment elle fonctionne, ce qu'elle permet d'économiser, et comment la mettre en œuvre concrètement.

Le mécanisme : usufruit vs nue-propriété

Deux droits, un seul bien

La pleine propriété d'un immeuble réunit en une seule main trois attributs : l'usus (droit d'utiliser le bien), le fructus (droit d'en percevoir les revenus) et l'abusus (droit de vendre ou de donner le bien). Le démembrement sépare ces attributs en deux blocs :

L'extinction de l'usufruit : un événement clé

Au décès de l'usufruitier, la réunion de l'usufruit et de la nue-propriété s'opère automatiquement et sans aucun droit fiscal supplémentaire. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire sans payer un centime de droits de succession sur cette valeur. C'est là tout l'intérêt patrimonial du mécanisme.

Le barème fiscal officiel (article 669 CGI)

La valeur de la nue-propriété et de l'usufruit est déterminée en fonction de l'âge de l'usufruitier au moment de l'opération. Ce barème est fixé par l'article 669 du CGI et s'applique aussi bien aux donations qu'aux successions.

Âge de l'usufruitier Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans révolus90 %10 %
De 21 à 30 ans révolus80 %20 %
De 31 à 40 ans révolus70 %30 %
De 41 à 50 ans révolus60 %40 %
De 51 à 60 ans révolus50 %50 %
De 61 à 70 ans révolus40 %60 %
De 71 à 80 ans révolus30 %70 %
De 81 à 90 ans révolus20 %80 %
Plus de 91 ans révolus10 %90 %
À retenir : Plus les parents donnent tôt, plus la nue-propriété transmise est faible en valeur fiscale, et donc plus les droits de donation sont réduits. Un don à 60 ans fait taxer la nue-propriété à 50 % de la valeur du bien. À 70 ans, ce sera 70 %.

Qui est concerné

Qui peut utiliser le démembrement ?

Qui n'est pas concerné (ou peu adapté) ?

Exemples concrets de montage

Montage 1 : donation de la nue-propriété avec réserve d'usufruit

Situation : Marc et Sophie, 62 ans, possèdent un appartement locatif à Lyon valorisé 400 000 €. Ils souhaitent transmettre à leur fille Léa.

Calcul : À 62 ans, l'usufruit vaut 40 % et la nue-propriété vaut 60 %, soit 240 000 €. Après application de l'abattement en ligne directe de 100 000 € par parent et par enfant (article 779 CGI), la base taxable est réduite. Si chaque parent donne la moitié de la nue-propriété (120 000 €), l'abattement de 100 000 € couvre presque la totalité, ne laissant que 20 000 € taxables par parent (environ 1 991 € de droits chacun, selon le barème progressif en ligne directe : 5% jusqu'à 8 072 €, 10% de 8 072 à 12 109 €, puis 15% de 12 109 à 15 932 €, et 20% au-delà).

Avantage : Marc et Sophie continuent à percevoir les loyers de l'appartement. Au décès du dernier survivant, Léa devient pleine propriétaire sans aucun droit supplémentaire sur la valeur de l'usufruit qui s'éteint.

Montage 2 : achat en démembrement croisé entre époux

Situation : Un couple marié achète un bien à 300 000 €. Chaque époux acquiert l'usufruit sur la moitié du conjoint et la nue-propriété sur sa propre moitié. Au décès du premier époux, l'usufruit du survivant se reconstitue sans droits de succession grâce à l'exonération entre époux (article 796-0 bis CGI).

Montage 3 : démembrement de parts de SCI

Situation : Une SCI détient un immeuble de rapport de 600 000 €. Les parents (65 ans) donnent la nue-propriété des parts à leurs deux enfants. Valeur de la nue-propriété : 60 % × 600 000 € = 360 000 €, soit 180 000 € par enfant. Après abattement de 100 000 € par enfant, base taxable = 80 000 € par enfant. Les droits sont calculés sur cette base réduite. La SCI continue d'être gérée par les parents usufruitiers, qui perçoivent les loyers et prennent les décisions de gestion.

À retenir : Le renouvellement de l'abattement de 100 000 € en ligne directe est possible tous les 15 ans. Une première donation à 50 ans, une seconde à 65 ans : deux abattements complets peuvent ainsi être utilisés au cours d'une vie.

Calendrier

Date / Période Événement réglementaire ou fiscal
Code civil, art. 578 et s.Fondement juridique permanent du démembrement (usufruit, nue-propriété)
CGI, art. 669Barème fiscal légal en vigueur, inchangé depuis sa dernière mise à jour
CGI, art. 779Abattement de 100 000 € en ligne directe, renouvelable tous les 15 ans
Dispositif établiUsufruit locatif social (ULS) : investisseurs achetant la nue-propriété avec décote de 30 à 40 % pour 15-20 ans
2026 (en cours)Débats parlementaires sur la réforme des successions et des abattements : aucune modification adoptée à ce jour
À venir (incertain)Possible relèvement des abattements en ligne directe évoqué dans plusieurs rapports parlementaires

Ce qui est acquis vs ce qui reste incertain

Ce qui est acquis (stabilité juridique forte)

Ce qui reste incertain

Les erreurs à éviter

Actions concrètes à mettre en œuvre

  1. Consulter un notaire dès 50-55 ans pour réaliser un bilan patrimonial et identifier les biens à démembrer en priorité, avant que le barème de l'article 669 CGI ne devienne moins favorable.
  2. Utiliser les abattements de 100 000 € par parent et par enfant en planifiant une première donation maintenant, et une seconde dans 15 ans pour cumuler deux cycles d'abattements.
  3. Envisager la donation via une SCI si le patrimoine est complexe ou si plusieurs enfants sont impliqués : la gestion reste unifiée chez les parents usufruitiers.
  4. Rédiger une convention d'usufruit précise avec le notaire : répartition des charges, entretien, loyers, révision du bien — tout doit être formalisé pour éviter les conflits familiaux.
  5. Vérifier l'impact sur l'IFI : l'usufruitier est redevable de l'IFI sur la valeur en pleine propriété du bien (art. 968 CGI), ce qui peut influer sur le choix du montage si le patrimoine dépasse 1 300 000 €.

📚 Sources officielles

  1. Article 669 CGI – Barème de l'usufruit et de la nue-propriété
  2. Article 578 Code civil – Définition de l'usufruit
  3. Service-public.fr – Donation avec réserve d'usufruit
  4. Notaires.fr – Démembrement de propriété et transmission
  5. ANIL – Usufruit locatif social et investissement en nue-propriété

Article rédigé avec assistance IA et vérifié sur sources officielles. Dernière mise à jour : 27 mai 2026.

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