Introduction
Dans le débat sur les passoires thermiques, une réforme technique est passée presque inaperçue. Depuis le 1er janvier 2026 , l'arrêté du 13 août 2025 (publié au Journal officiel le 26 août 2025) modifie le coefficient de conversion de l'énergie électrique utilisé dans le calcul du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE). Ce coefficient descend de 2,3 à 1,9, une variation de 17 % en apparence modeste, mais aux conséquences massives : selon les estimations du ministère chargé du Logement et de l'ADEME, environ 850 000 logements chauffés à l'électricité voient automatiquement leur étiquette énergétique s'améliorer, sortant de la catégorie F ou G.
Pour les propriétaires bailleurs, l'enjeu est immédiat. Les classes F et G font l'objet d'interdictions de mise en location progressives depuis 2023. Comprendre exactement ce que change — et ne change pas — cette révision du coefficient est donc indispensable avant toute décision d'investissement ou de travaux.
Le mécanisme : pourquoi un coefficient de conversion ?
Le DPE ne mesure pas la consommation d'énergie finale (les kWh affichés sur votre compteur), mais la consommation d'énergie primaire. L'énergie primaire intègre les pertes liées à la production, au transport et à la distribution de l'énergie jusqu'au logement.
Pour l'électricité, ce coefficient de conversion traduit le fait qu'il faut consommer plusieurs kWh de ressources fossiles et nucléaires pour produire et acheminer 1 kWh électrique chez l'habitant. Historiquement fixé à 2,58 dans les années 2000, puis ramené à 2,3 lors de la réforme du DPE de juillet 2021, ce coefficient reflétait le mix énergétique français à une époque où la part du nucléaire et des renouvelables était différente.
Pourquoi 1,9 en 2024 ?
La France a considérablement décarbonisé et optimisé son réseau électrique. La montée en puissance des énergies renouvelables (éolien, solaire), la modernisation du parc nucléaire et l'amélioration des réseaux de transport réduisent mécaniquement les pertes. Le nouveau coefficient de 1,9 reflète le mix électrique actuel. Pour un même logement, la consommation d'énergie primaire calculée baisse donc de 17,4 % [(2,3 − 1,9) / 2,3], ce qui peut faire franchir les seuils de classe vers le haut.
Qui est concerné
Les logements qui bénéficient du changement
Seuls les logements dont l'essentiel du système de chauffage et/ou d'eau chaude sanitaire fonctionne à l'électricité sont directement impactés. Les configurations concernées incluent :
- Convecteurs électriques (chauffage par effet joule)
- Radiateurs à inertie électriques
- Pompes à chaleur air/air ou air/eau (chauffage électrique indirect)
- Chauffe-eau électriques (ballon thermodynamique ou résistance)
- Planchers chauffants électriques
Dans ces configurations, la quasi-totalité de l'énergie primaire calculée repose sur le coefficient électrique. L'abaissement de 2,3 à 1,9 fait directement baisser l'étiquette en kWh/m²/an et peut faire passer un logement :
- De classe G à F (sortie de l'interdiction de location post-2025)
- De classe F à E (sortie de l'interdiction de location post-2028)
- De classe E à D (amélioration commerciale significative)
Les logements qui n'en bénéficient pas
Les logements chauffés au gaz naturel, au fioul domestique, au bois ou au réseau de chaleur urbain ne sont pas concernés. Le coefficient de conversion de ces énergies est différent et n'a pas été modifié par l'arrêté du 25 mars 2024. Pour eux, rien ne change dans le calcul DPE.
| Énergie principale | Coefficient avant juillet 2024 | Coefficient après juillet 2024 | Impact sur la classe DPE |
|---|---|---|---|
| Électricité | 2,3 | 1,9 | ✅ Amélioration possible (−17,4 %) |
| Gaz naturel | 1,0 | 1,0 | ❌ Aucun changement |
| Fioul domestique | 1,0 | 1,0 | ❌ Aucun changement |
| Bois / biomasse | 0,6 | 0,6 | ❌ Aucun changement |
| Réseau de chaleur | 0,6 | 0,6 | ❌ Aucun changement |
Calendrier
- Juillet 2021 : Entrée en vigueur du DPE opposable avec coefficient électrique à 2,3 (ancienne méthode 3CL révisée).
- 1er janvier 2023 : Interdiction de location des logements classés G+ (consommation > 450 kWh/m²/an d'énergie finale). Première vague de la loi Climat et Résilience.
- 25 mars 2024 : Arrêté modifiant les seuils des étiquettes pour les petites surfaces (≤ 40 m²) et actualise les tarifs d’énergie
- 13 Août 2025 : Arrêté modifiant le passage de 2,3 à 1,9 qui entre en vigueur au 1er janvier 2026
- 1er janvier 2025 : Interdiction de mise en location (nouveaux contrats) des logements classés G (tous, pas seulement G+). Environ 600 000 logements G sont concernés, dont une partie a pu changer de classe grâce au nouveau coefficient.
- 1er janvier 2028 : Extension de l'interdiction aux logements classés F (environ 1,5 million de logements).
- 1er janvier 2034 : Extension aux logements classés E (environ 2,6 millions de logements).
Ce qui est acquis vs ce qui reste incertain
Ce qui est acquis
- ✅ Le coefficient 1,9 est entré en vigueur le 1er janvier 2026 par arrêté publié au Journal officiel. Il s'applique à tous les DPE réalisés depuis cette date.
- ✅ Environ 850 000 logements sont statistiquement concernés par un changement de classe vers le haut, selon les données de l'Observatoire DPE de l'ADEME.
- ✅ Les logements chauffés au gaz et au fioul ne bénéficient d'aucun effet positif de cette réforme sur leur étiquette DPE.
- ✅ Un DPE refait après le 1er janvier 2026 est juridiquement opposable avec le nouveau coefficient et peut modifier la situation locative du bailleur (autorisation de louer, encadrement des loyers en zone tendue).
Ce qui reste incertain
- ⚠️ La pérennité du coefficient 1,9 : le coefficient est susceptible d'évoluer à nouveau si le mix énergétique français change (développement massif du nucléaire, objectifs REPowerEU). Une future hausse reconstituerait mécaniquement des passoires thermiques parmi les logements électriques.
- ⚠️ Le calendrier des interdictions de location post-2025 fait l'objet de discussions parlementaires sur d'éventuels ajustements ou moratoires pour les propriétaires en situation de précarité ou pour certains territoires.
- ⚠️ La fiabilité individuelle du DPE reste contestée : des écarts significatifs entre diagnostiqueurs peuvent produire des résultats divergents pour un même logement, indépendamment du coefficient.
Exemple chiffré : appartement électrique en F qui passe en E
Prenons un appartement de 60 m² équipé de convecteurs électriques. Sa consommation d'énergie finale est de 180 kWh/m²/an.
- Avec l'ancien coefficient (2,3) : 180 × 2,3 = 414 kWh d'énergie primaire/m²/an → Classe F (seuil F : 331–450 kWh/m²/an)
- Avec le nouveau coefficient (1,9) : 180 × 1,9 = 342 kWh d'énergie primaire/m²/an → Classe F (seuil E : 251–330 kWh/m²/an, donc 342 reste en F)
Ce logement, sans aucun travaux, améliore son score énergétique mais reste proche du seuil entre F et E. Le franchissement exact de seuil dépend de la valeur précise et des seuils officiels du DPE.
Attention : ce calcul est illustratif. Le DPE intègre d'autres paramètres (isolation, ventilation, eau chaude sanitaire). Le franchissement de seuil dépend de la valeur exacte en énergie primaire avant la réforme.
Implications pour les propriétaires bailleurs
Faut-il refaire son DPE ?
Oui, si votre logement est chauffé à l'électricité et que le DPE actuel le classe en F ou G. Un DPE refait après le 1er juillet 2024 intègre le coefficient 1,9 et peut changer la donne. Le coût d'un nouveau DPE (entre 100 et 250 €) est marginal face aux investissements de rénovation exigés pour une mise en conformité (isolation, changement de système de chauffage).
Ce que cela ne remplace pas
La révision du coefficient est une correction technique, pas une politique de rénovation. Un logement classé F avec chauffage au gaz ou au fioul reste en F. Et même pour les logements électriques, si la consommation réelle est très élevée, le simple abaissement du coefficient ne suffira pas à franchir le seuil. Les travaux restent nécessaires pour la très grande majorité des passoires thermiques.
Conclusion et actions concrètes
Le passage du coefficient électrique de 2,3 à 1,9 est une mesure réglementaire aux effets immédiats et mesurables pour une catégorie bien définie de logements. Voici les 4 actions à mener dès maintenant :
- Vérifiez l'énergie de chauffage de votre logement : si c'est l'électricité, vous êtes potentiellement concerné.
- Consultez votre DPE actuel : s'il a été réalisé avant le 1er juillet 2024 et que la classe est F ou G, faites refaire un DPE avec un diagnostiqueur certifié.
- Simulez le changement de classe : demandez à votre diagnostiqueur de vous indiquer la consommation en kWh d'énergie primaire/m²/an pour évaluer si le passage au coefficient 1,9 vous fait changer de seuil.
- Ne renoncez pas aux travaux si vous êtes en G gaz ou fioul : le changement de coefficient ne vous concerne pas, et les interdictions de location s'appliquent dès 2025.
- Anticipez les prochaines révisions : le coefficient peut encore évoluer. Intégrez cette incertitude dans vos plans de travaux à long terme.